Taulière de l’équipe de France et du Paris Saint-Germain, Sakina Karchaoui est également passionnée par l’univers de la mode depuis son enfance.

Léna Bernard / Photos : Icon Sport

Quelle est ta définition de la mode ?

Pour moi, c’est quelque chose d’essentiel dans une vie. C’est là où tu peux t’amuser avec différentes textures, différentes matières. Montrer aussi ton mood à travers les vêtements. C’est un moyen de s’exprimer différemment.

Tu as créé ton propre style au fur et à mesure des années, comment le définirais-tu aujourd’hui ?

J’aime bien m’habiller parfois de manière décontractée, mais toujours avec une petite touche de féminité, un peu plus classe, je dirais chic. Après, j’ai plusieurs personnalités. C’est vrai que j’aime bien le sportswear aussi, mais j’aime bien l’effet d’être très élégante. Vraiment, c’est en fonction de mon mood du jour.

Selon toi, pourquoi l’arrivée des joueuses lors des rassemblements est devenue une sorte de fashion week du football tricolore ?

C’est vrai que ça s’est fait de façon naturelle, je pense que celles qui aiment bien s’apprêter et s’habiller venaient habillées de façon naturelle à Clairefontaine, c’est quand même un moment professionnel entre guillemets, où il faut que tu sois assez présentable. C’est vrai que les médias, je pense qu’ils ont commencé à prendre ces arrivées en s’amusant et se dire que les tenues Clairefontaine, c’est un défilé entre guillemets avant d’aller au travail. Je trouve ça bien et pour moi ce sont deux mondes qui se relient, que ce soit le foot et la mode, ce sont deux mondes qui se mêlent parfaitement et si on peut s’amuser avec ça, c’est toujours bon à prendre.

Sakina Karchaoui : « Le maillot de foot est devenu un accessoire de mode »

Comment tu décides des tenues que tu portes quand tu arrives aux rassemblements ?

Je travaille avec beaucoup de marques et il y en a qui m’envoient beaucoup d’affaires, donc il faut les porter (rires). À chaque événement, quand tu trouves une pièce qui te plaît et qui t’a été envoyée, tu te dis : pourquoi pas la porter à ce moment-là. C’est comme quand je vais prendre un café à Paris, si j’ai une tenue qui me plaît, je vais la mettre. Ce qui est important, c’est le rapport avec soi : je porte ce vêtement parce qu’il me ressemble, parce que je me sens bien dedans, parce qu’il est proche de mes valeurs. Quand tu portes une marque, tu sais déjà l’image qu’elle renvoie et tu sais déjà si elle te plaît, si elle te correspond. Donc je mettrai toujours des vêtements qui me correspondent et qui n’iront jamais à l’encontre de mes valeurs, ou à l’encontre de ma personnalité, parce que c’est beau. Ça peut être beau sur quelqu’un d’autre, mais sur moi, non et vice-versa. Je pense que c’est une histoire : tu te sens bien dans ce vêtement-là, tu le mets.

Est-ce que ça te procure toujours la même émotion de recevoir les dotations que ce soit en club ou en sélection ?

Oui ! Là on a reçu la nouvelle valise, donc quand tu l’ouvres, c’est à chaque fois une découverte. On a toujours les mêmes affaires, on aurait aimé peut-être changer, mais tu as de nouveaux accessoires, de nouvelles choses à chaque fois à l’intérieur, donc c’est toujours un plaisir de la découvrir.

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Le maillot de foot est devenu un habit qui s’est largement démocratisé. Avec l’arrivée de la Coupe du monde masculine, ça devrait même être le hit de l’été. C’est lequel toi que tu pourrais porter tous les jours ?

L’équipe de France a eu de beaux maillots quand même. Moi je pense que le dernier, le blanc qu’on a eu pour l’Euro, il est vraiment pas mal. En toute honnêteté, j’ai toujours dit que les maillots des féminines étaient plus beaux (rires). Même les garçons, quand on en parle avec eux, ils te disent « C’est vrai que vos maillots, quand même, ils sont pas mal ». Mais c’est devenu un accessoire de mode. Quand tu sors, tu vois tout le monde avec des maillots de foot, il y a des personnes qui vont l’accessoiriser avec des jupes par exemple. Je trouve que c’est beau, je trouve qu’un maillot de foot, c’est super beau.

Quel est ton rapport aux maillots ?

Je trouve que c’est un bel uniforme déjà de travail. Et oui, il y a des matchs où des joueuses vont demander le maillot et on va l’échanger. Puis finalement ça te fait une petite collection, parce que tu as des maillots de chaque nation à chaque fois et après tu les gardes. Je les conserve dans un coin. Anecdote : j’ai des Brésiliennes au PSG qui me disent : « je veux ton maillot, je te donne le mien mais tu le mets en été. » Donc évidemment tu dis : « ouais t’inquiète, il n’y a pas de souci. » J’adore le Brésil, en plus il y a la Coupe du monde là-bas l’année prochaine et c’est notre objectif majeur.

Le maillot le plus iconique pour toi c’est celui du Brésil ?

J’aime beaucoup les maillots du Maroc aussi, logique, ce sont mes origines (sourire). J’ai toujours aimé nos équipements avec l’équipe de France, même si le Brésil, ça reste iconique. Il ne change pas forcément de maillot, mais ils ont toujours les mêmes couleurs. Mais ceux que j’aime beaucoup aussi, ce sont ceux de la Norvège, Nike tape fort là-bas aussi.

Sakina KARCHAOUI of France during the FIFA Coupe du Monde Women's Qualifiers match between France and Netherlands at Stade Abbe Deschamps on April 18, 2026 in Auxerre, France. (Photo by Ewen Gavet/Icon Sport)  - Photo by Icon Sport

En équipe de France, tu as connu le début des maillots spécialement fait pour les féminines par l’équipementier, qu’est-ce que tu en penses ?

Moi je trouve ça génial. Au début tu te dis qu’on est la même sélection et que ça aurait été bien que tout le monde porte les mêmes maillots, mais esthétiquement on est gagnantes (rires). Esthétiquement on est vraiment gagnantes et même c’est mieux, je trouve que c’est plus structuré, ça nous met plus en valeur. C’est vrai qu’avant, quand on avait les mêmes maillots que les garçons, ce n’était pas flatteur. Et là aujourd’hui je trouve que Nike fait des efforts. C’est mon sponsor aussi et les équipes de la marque nous demandent à chaque fois si on se sent bien, si les matières sont bien, si on respire bien dedans comme tu transpires. Il y a des matières qu’on aime, d’autres qu’on aime moins, mais les matières qu’on a pour la tenue des Bleues elles sont top.

Si on parle de l’autre instrument important chez les footballeuses, les crampons. C’est quoi ton modèle préféré ?

Moi je suis chez Nike, depuis que je suis jeune. J’ai signé mon contrat à 18 ans je crois. Je suis toujours avec eux, je suis fidèle, je suis loyale (rires). Et c’est vrai que les crampons j’ai toujours mis les mêmes, ce sont les Mercurial. Au tout début, le sponsor te demande ce que tu veux essayer : les Mercurial, les Phantom ou les Tiempo. Avant c’était très catégorisé : les Tiempo c’était pour les défenseurs, les Mercurial plus les attaquants et les Phantom les milieux. Mais moi je me suis sentie bien avec les Mercurial pourtant je jouais latérale à l’époque (rires).

Quelle joueuse a le meilleur style ?

Il y en a beaucoup. Franchement, je ne pourrais pas en dire qu’une. Melvine Malard, j’adore parce qu’elle a un style très à elle et c’est ce qui la définit aussi. Grace (Geyoro ndlr) est quelqu’un de très élégante, qui porte très bien les affaires, qui sait se mettre en avant en tant que femme. Griedge (Mbock ndlr), je la trouve aussi très élégante quand elle s’habille. Sandy Baltimore, elle a aussi son univers à elle et elle l’exprime bien. Et je pourrais en dire d’autres. Elisa aussi elle est charismatique, quand elle arrive on la voit. Je trouve que chacune exprime sa personnalité, c’est ce qui est beau. C’est un peu comme dans une équipe de foot, on est toutes différentes, mais chacune apporte son style, sa personnalité donc il faut garder ça. Maintenant je trouve que les jeunes joueuses osent plus se mettre en avant, se démarquer, sortir d’une case et je trouve ça super.

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Il y a encore certains préjugés qui restent attachés au football féminin, tu es capitaine du PSG et vice-capitaine des Bleus, est-ce que tu penses que par ton style sur et en dehors du terrain tu parviens à en casser certains ?

Totalement. En fait totalement parce qu’il n’y a pas que moi, il y a d’autres joueuses aussi qui le font très bien. Chacune est comme elle est. On en parle aussi entre nous, il y a des personnes, tu ne les verras jamais en jupe ou en talons et c’est ok, c’est leur personnalité, leur façon d’être. Il faut arrêter de donner des clichés au foot féminin. C’est comme dans la vie, chacun s’exprime à sa façon, chacun exprime sa personnalité et on ne peut pas juger ce que la personne aime. C’est une leçon de vie pour tout le monde. Après les clichés, pour moi, c’était beaucoup plus avant. Je trouve que maintenant ça se dit moins, ou en tout cas les mentalités, je trouve qu’elles ont quand même changé.

Comment tu parviens à faire le parallèle entre l’univers du football et de la mode ?

Déjà quand on est dans le foot, on aime bien se démarquer. C’est vrai qu’on est habillés de la même façon sur le terrain, là aujourd’hui on est devant les médias et on est toutes habillées de la même manière. Il y a toujours ce côté où il faut un peu se démarquer des autres, donc tu peux le faire dans ta coiffure, ta façon de te maquiller par exemple. Au Paris Saint-Germain, on est très focus sur la mode, sur les nouveautés, sur les tendances. Après, c’est quelque chose qui m’est venu naturellement. Je suis issue d’une famille d’origine marocaine, ma mère aimait la mode aussi, elle était toujours apprêtée. Donc, c’est beaucoup venu de ma famille aussi.

Est-ce que ton enfance à Miramas, ta famille et tes origines marocaines t’ont influencé et forgé ton univers de la mode ?

Oui c’est vrai que déjà la femme marocaine, je l’ai vue à travers mes tantes, à travers ma mère, ce sont des femmes sensuellement fortes, c’est le terme, mais très apprêtées, très féminines, qui en imposent indirectement. Ce sont ces aspects dont tu t’inspires quand tu grandis. Elles étaient très axées sur la mode, bon peut-être pas dans la manière dont on s’habille actuellement, mais sur le traditionnel, sur les mélanges de matières, de couleurs. On avait toujours des conversations avec elles autour de cet univers, c’est quelque chose dans lequel j’ai baigné. Il y a eu une période où j’étais beaucoup en jogging avec ce petit air de garçon manqué et ça je l’assume, ça fait partie de mon parcours. Après tu commences à comprendre que tu es une femme et tu te développes, ça vient naturellement. J’avais un papa qui m’achetait ce qui me plaisait, on faisait attention aussi. Mais par exemple, on choisissait nos habits de la rentrée, quand on voulait des chaussures qui devenaient un peu à la mode, c’était un peu hype sur le moment, on négociait un peu et il nous les achetait. Ce sont des bons souvenirs.

Sakina Karchaoui : « Le maillot de foot est devenu un accessoire de mode »

Tu participes souvent à la Fashion Week, est-ce que c’est un peu aussi un rêve de petite fille ?

Moi, quand j’allais en vacances au Maroc, c’était la Fashion Week tout le temps (rires). J’avais vraiment des tantes et une famille, quand elles achetaient des habits, elles s’habillaient et faisaient des défilés devant nous. Elles étaient très coquettes. On est une famille marocaine, je trouve qu’il y a vraiment cette coquetterie en nous. Participer à la Fashion Week ce n’était pas forcément un rêve, mais c’est une évolution qui est belle et naturelle. Avant tout, ce que j’aimerais bien envoyer comme message, c’est de dire aux jeunes filles de ne pas se limiter à certaines choses, vraiment de s’ouvrir à ce qu’elles aiment. Demain, si tu aimes faire de la guitare, à côté du foot, fais de la guitare, faites des choses qui peuvent vous ressourcer dans votre quotidien.

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Est-ce que tu imagines un jour créer ta propre ligne, ton propre projet autour de ta vision de la mode ?

J’y ai pensé. J’avais commencé à construire un site de vêtements qui était très carré, construit et finalement je me suis dit non, peut-être pas maintenant. J’ai travaillé pendant deux ans dessus et je me suis dit que j’allais garder ça de côté parce que j’avais beaucoup d’autres projets en cours et je n’avais pas le temps de le lancer. Je suis quelqu’un qui aime quand tout est carré, mais pourquoi pas plus tard, c’est un beau projet.

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