Sport business oblige, au-delà de l’affrontement entre clubs et athlètes, les grandes finales opposent depuis longtemps leurs équipementiers. Beaverton (Oregon, Nike) contre Herzogenaurach (Bavière, Adidas) : ce sera l’autre clash, ce samedi, à Budapest.  

Chérif Ghemmour

La dernière finale de C1 Nike-Adidas remonte à 2022, entre le Real Madrid aux trois bandes et Liverpool siglé swoosh. Après le PSG-Inter 100% Nike de 2025, une nouvelle victoire parisienne à Budapest serait la bienvenue pour redorer le blason de Nike. Explications…

Nike : des datas au flop !

Le PSG et Arsenal ont le point commun d’avoir eu leur tunique sponsorisée par le géant américain et le ténor allemand. Adidas a ainsi été équipementier de Paris de 1986 à 1989, avant le long bail avec Nike qui court jusqu’à aujourd’hui, augmenté depuis 2018 du logo Jordan, une de ses filiales. Côté Gunners, les trois bandes ont orné leur maillot (1986-1994), puis ce fut la Virgule (1994-2014), puis Puma (2014-2019), puis retour ensuite aux trois bandes jusqu’à aujourd’hui, donc. À chaque changement, les deux équipementiers ont apposé leur griffe, année après année, en faisant évoluer les motifs et les coloris des kits parisiens et londoniens. Aujourd’hui, si les deux équipes finalistes partent à égalité sur le plan sportif, il en va différemment entre leurs équipementiers portés par des dynamiques opposées.

PSG en Nike, Arsenal en adidas : l'autre finale de la Ligue des Champions

À l’indice mondial 2026 de notoriété des entreprises du réputé institut RepTrak, Adidas a ainsi grimpé de la 16ème à la seconde place quand Nike a chuté de la 22ème à la 50ème position ! Rappel : le 28 juin 2024, Nike avait subi le plus grand effondrement boursier de son histoire, perdant 25 milliards de dollars, soit 32 % de sa valeur de marché. En cause, « une dépendance aveugle à la data et aux modèles théoriques, déconnectés du réel, expose le site de business-management sapiensux.com. Nike pensait avoir une vision claire de son public. Erreur fatale. » Plus que la stratégie commerciale, c’est grâce à sa stratégie marketing de longue haleine axée sur le life-style qui a boosté Adidas ces dernières années. En restant justement en prise directe avec les aspirations des différents publics, notamment féminin, jeune, voire même préado.

Après le lancement au début des années 2000 de sa gamme mode, Originals, précurseur de l’athleisure, Adidas a entamé des collaborations fructueuses avec les acteurs créatifs qui, plus que les datas bien alignées sur Powerpoint, collent bien à leur époque. Après les designers célèbres, Yohji Yamamoto et Stella McCartney, Pharrell Williams, Kanye West (transfuge de chez Nike et créateur de la best-seller Yeezy) ou Bad Bunny ont été invités à développer leurs propres collections, sneakers et sportswear. Et si Nike n’est pas exactement largué, c’est bien Adidas qui dicte mieux aujourd’hui les standards de la cool attitude.

Arsenadidas fait rêver plus grand !

Comme le rappelle bien le média Booska-P, « la confrontation entre Nike et Adidas va bien au-delà des produits. Elle traduit un combat stratégique autour des imaginaires culturels et des enjeux économiques qui façonnent le sport et le lifestyle.» Et là, l’opposition Arsenal-Adidas vs PSG-Nike l’illustre assez bien, avec un net avantage pour la marque aux trois bandes. Arsenal, club de Londres, ville-monde, a par exemple su élargir un ancrage ethnoculturel évident avec les diasporas afro-caribéennes qui composent aussi sa fan base. Comme avec le maillot extérieur 2024-2025 « Afro » à dominante noire, les trois bandes rouges et vertes et motifs bigarrés sur les flancs. En 2022, c’est la communauté jamaïcaine qui avait été mise à l’honneur avec le magnifique maillot pré-match noir-jaune-vert (couleurs du drapeau jamaïcain), ici encore designé par Adidas. Arsenal parle au monde…

PSG en Nike, Arsenal en adidas : l'autre finale de la Ligue des Champions

Côté parisien, on peut déplorer un manque de créativité manifeste. L’audace récente des productions Nike n’est globalement pas allée bien loin, avec seulement le maillot aux ailes d’anges de la saison passée ou celui de cette saison avec des motifs croisés façon Tour Eiffel… Toujours la Tour Eiffel, touristique et plan-plan, qui ne projette aucune mystique collective, à la différence de « Gunners », qui en impose ! Le PSG, club de Paris, ville-monde tout aussi métissée que Londres et nourrie par les innombrables talents sportifs et musicaux de sa banlieue. Or, c’est Adidas qui est venu planter son Arena dans le nord de la capitale, en prise directe sur le 9-3. Lors de son inauguration en 2024, le concert gratuit The Sound of Superstar(s) avait rassemblé la crème du rap et de la scène électro-pop d’ici. Ancrage rap à Paris et culture DJ à Londres : mieux que Nike, Adidas sait mieux conquérir les imaginaires culturels. Autre caillou dans la chaussure du NikeSG : Ousmane Dembélé. Égérie d’Adidas, il a été célébré avec faste au moment du Ballon d’Or par la marque aux trois bandes.

Dans l’imaginaire foot, les pieds ailés de Dembouz (Adidas) surpassent le maillot bleu de son équipe (Nike) ! Même Yamal, LE joueur frisson planétaire, a échappé à Nike pour signer chez Adidas… Enfin, sur le plan de la visibilité quotidienne, « dans la street », on voit quand même toujours plus de maillots d’Arsenal dans Paris-Île-de-France que de maillots PSG dans le Greater London, non ?

Chérif Ghemmour

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