Il n’y a rien de plus sacré que le maillot national. Surtout celui de l’Uruguay ! Celui-là même dont étaient revêtus les premiers champions du monde de l’histoire en 1930. Un bleu ciel unique qui identifie immédiatement un pays et une culture foot bien à part…

Chérif Ghemmour

Il y a la Roja (Espagne), les Oranje (Pays-Bas), les Bleus (France), la Verde (Mexique). Et puis il y a la Celeste uruguayenne et son aura installée la première au patrimoine du foot mondial.

Prestige quatre étoiles !

« Hermano, ramasse ce maillot que tu as laissé traîner par terre. » C’est ainsi que le capitaine de l’Uruguay Diego Lugano avait recadré calmement mais fermement l’un de ses jeunes coéquipiers, coupable d’avoir laissé choir sur le sol du vestiaire le maillot bleu ciel de la selección. Derrière l’apostrophe du vieux taulier devant le manque de respect presque sacrilège du muchacho envers la camiseta nationale, il y a le poids historique d’une tradition de lutte et d’honneur d’un peuple et de son équipe… Car les Uruguayens furent à jamais les premiers à remporter la Coupe du monde, chez eux, en 1930, contre l’Argentine (4-2). Depuis 1922, le maillot bleu ciel de cette sélection avait valu à l’Uruguay le surnom magnifique de La Celeste. Au Mundial 1930, la chemise azur clair et à col blanc (autre couleur du pays) avait fixé l’imagerie bicolore glorieuse qui a toujours cours aujourd’hui.

Pourquoi le maillot de l'Uruguay est bleu ciel

Cette tunique très artisanale et pas très bien coupée était aussi le reflet des équipements de sports frustes d’alors : du tissu cheap sur le dos, du gros cuir pour les chaussures à crampons cloués et une casquette pour le gardien ! Les rares photos des équipes de cette Coupe du monde 1930 montrent des chemisettes froissées. Normal, à nouveau : il n’y avait alors qu’un seul jeu de maillots et chaque joueur mettait le même du début du tournoi jusqu’à la finale, comme ce fut le cas pour l’Uruguay. À  l’époque, pas d’écusson sur le cœur, non plus. Il viendra plus tard, surmonté de quatre étoiles dorées en l’honneur des deux victoires aux Coupes du monde 1930 et 1950 mais aussi des deux titres olympiques de 1924 et 1928. Un curieux privilège entériné en 2010 par la FIFA pour qui «les victoires aux Jeux de 1924 et 1928 furent acquises lors de tournois ayant à l’époque valeur de championnats du monde », relate Slate.fr. Ce sont ces quatre souvenirs glorieux, même lointains, que Lugano s’efforçait de faire constamment respecter. Mais il y a aussi le goût de l’effort et du combat qui est attaché à ces succès. Un esprit de sacrifice qui tient non pas à la pureté céleste du maillot mais plutôt à la noirceur du short qui complète le kit national…

Nuée bleue et noire sur le Maracanã

Car tout le monde connaît la garra charrúa, cet état d’esprit rugueux qui caractérise l’identité footballistique uruguayenne. Une grinta héritée des Charrúas, peuple d’Indiens qui ont résisté farouchement depuis le 16ème siècle aux envahisseurs européens. C’est dans l’adversité que s’est construit cette nation et ce, jusqu’à ses footballeurs warriors :    « Les Uruguayens sont coincés entre deux pays qui sont peut-être les deux plus grandes nations du foot dans le monde entier, l’Argentine et le Brésil, analysait pour l’AFP Romain Molina. Ils ne sont que 3,5 millions d’habitants et ils ont presque toujours été performants depuis les débuts du foot.» Justement triomphateurs de l’Argentine à domicile en 1930 (4-2) et surtout du Brésil, dans un Maracanã de Rio hostile et sûr de sa victoire, en 1950 (2-1), la Celeste avait exalté ses valeurs de combat et de courage en gagnant à chaque fois après avoir été menée au score… Les photos rétro et joliment colorisées des deux équipes de 1930 et 1950 renvoient à merveille le contraste entre le bleu clair du talent de sacrés manieurs de ballon et le noir des shorts et des bas, synonyme de rudesse combattante.

Pourquoi le maillot de l'Uruguay est bleu ciel

C’est ce mix particulier ciel et noir qui accompagnera la Celeste dans ses aventures après le Maracanaço de 1950. Du Mundial 1970 télévisé en couleur achevé sur une quatrième place, on se souvient de son bleu ciel enfin visible contre le jaune d’or brésilien et le grand pont de Pelé sur le gardien Mazurkiewicz. Versant brillant, il y eut le France-Uruguay (2-0) de la Finalissima de 1985 entre le champion d’Europe et le champion d’Amsud, bleu roi contre bleu céleste. Version trash, il y eut le carton rouge le plus rapide de l’histoire de la Coupe du monde, attribué à l’horrible José Batista au bout de 56 secondes de jeu contre l’Ecosse au Mundial 1986. Mais c’est à la Coupe du monde 2010 que le bleu clair et le noir exaltèrent à nouveau la nature bipolaire de l’équipe d’Uruguay (4ème) sublimée par son trio magique Cavani, Forlan et Suarez. Luis Suarez, mi-ange et mi-démon, auteur de « la main du Diable » contre le Ghana… Un clash des couleurs se poursuit, lui, depuis plus d’un siècle entre Celeste et Albiceleste argentine rayée blanc-bleu lors des derbys de La Plata. Enfin, pays coorganisateur de la Coupe du monde 2030 et donc directement qualifiée, l’Uruguay y bouclera la boucle de son centenaire avec son éternelle tunique bleu ciel, la même que celle du gardien volant de l’affiche du Mundial 1930…

Pourquoi le maillot de l'Uruguay est bleu ciel

 

 

Chérif Ghemmour

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