Histoire
Comment adidas a aidé la RFA à gagner le Mondial 1954
En battant l’invincible Hongrie 3-2 lors de la finale de Coupe du monde 1954, la RFA a créé en tant qu’outsider l’une des plus grandes sensations de l’histoire de la compétition. Et ceci, grâce en partie à un certain Adi Dassler…
Les petites innovations technologiques ont parfois un peu aidé aux grands exploits. C’est ce qui est arrivé à la Mannschaft donnée perdante face à la bande à Puskas mais chaussée de crampons vissés.
Le 4 juillet 1954, l’équipe de la RFA se rend en car au Stade du Wankdorf de Berne pour y affronter à 17 heures la Hongrie, grandissime favorite de la finale de Coupe du monde. Le moral des joueurs allemands est à l’inverse de l’atmosphère grise et légèrement pluvieuse. « C’est la météo de Fritz Walter ! », s’exclame joyeusement Sepp Herberger, le sélectionneur. En effet, l’ami Fritz, son capitaine, excelle balle au pied sous la flotte. Cette pluie qui tombe sur la capitale suisse est une petite bénédiction car, à une époque où les pelouses n’étaient pas les billards d’aujourd’hui, un terrain lourd pénaliserait de fait le jeu de passes des artistes hongrois et restreindrait les géniales aptitudes techniques des Puskas et Hidegkuti… Et puis, Sepp Herberger peut compter sur son intendant Adolf « Adi » Dassler. Il a fondé en 1949 la firme Adidas (comme ADI-DASsler), spécialisée dans la fabrication et la vente d’articles de sport, et équipementier de la Mannschaft pour le Mondial 1954. Le Bavarois adore créer des chaussures de sport, fournisseur qu’il fut des souliers à pointes du sprinter Jesse Owens aux JO de Berlin de 1936.

Et pour la Coupe du monde 1954, il a livré à la team Deutschland son nouveau modèle de godasses de football créé en 1953 et baptisé Adidas Argentina (ou Argentinas). Le concept est en tout point révolutionnaire ! La chaussure, coupée sous la cheville et non plus montante, est à crampons vissés, répartis par six sous la semelle, alors que les autres équipes privilégiaient encore les petits crampons fixes. La taille des crampons à vis peut même varier en fonction de l’état de la pelouse et de la météo. Courts sur terrain sec, plus longs sur terrain trempé et boueux. Les archives d’Adidas précisent que ces chaussures étaient aussi « plus légères que les modèles de l’époque grâce à une combinaison de cuir et de matériaux synthétiques. Elles étaient également fabriquées avec une semelle plus étroite ainsi qu’une tige plus basse, et ne possédaient pas d’avant-pied, permettant ainsi de bénéficier une meilleure souplesse au niveau des pieds.» En Suisse, la Mannschaft étrennera donc ses Argentinas et pour la première fois en Coupe du monde des chaussures Adidas, noires et aux trois bandes blanches, firent leur apparition.
Au Wankdorf Stadion, les Hongrois font vite parler leur supériorité en menant 2-0 au bout de 8 minutes ! L’Aranycsapat (le « Onze d’or », en hongrois), forte de son extraordinaire invincibilité en 31 matchs depuis juin 1950 et championne olympique 1952, va être sacrée championne du monde, fastoche. Sauf qu’il reste 82 minutes à jouer et que la pluie qui continue de s’abattre va en partie rééquilibrer les forces en présence. Les Allemands marquent par Morlock à la 10ème minute puis égalisent à la 18ème sur une reprise de Rahn : 2-2 ! Avant la mi-temps, le terrain détrempé est devenu encore plus glissant. Alors, à la pause, Herberger prononce ces mots célèbres : « Adi, visse-leur les crampons ! » Très certainement des crampons pluie plus longs que le bon Adolf a juste le temps d’ajuster aux semelles des onze joueurs. Il se raconte que Dassler avait contacté pour ce Mondial 54 Manfred Bok, un patron métallo, afin qu’il puisse personnellement limer tous les crampons de ses chaussures pour qu’ils s’ajustent parfaitement…

Le jeu reprend désormais sous une pluie battante qui transforme le terrain en bourbier. Sur ce terrain difficilement praticable, les Hongrois ont du mal à bien dérouler leur jeu à terre et leur conduite de balle est plus malaisée face aux Allemands chaussés en vissés, assurés d’une plus grande adhérence. Les « merveilleux Magyars » sont en effet équipés de chaussures à crampons « boutons », fixés à des semelles en cuir dures et lourdes et qui offrent moins de stabilité sur l’herbe mouillée. Mais leur domination s’impose quand même. Hélas ! Ils jouent de malchance, avec des tirs sur les barres, des arrêts de Toni Turek et des balles de but sauvées sur la ligne. Et selon le proverbial finish à l’allemande, la bande à Fritz Walter a fini par réaliser le « Miracle de Berne » en triomphant au courage d’abord, avec la petite aide des vissés ensuite, grâce à un but de Rahn à la 84ème : 3-2 historique ! Lors de la célébration d’après-match, Sepp Herberger insista pour qu’Adi Dassler pose avec les joueurs sur la photo officielle ! La paire d’Adidas Argentinas d’Helmut Rahn, auteur d’un doublé en finale, assura le prestige publicitaire de la marque aux trois bandes. Et ce modèle favorisera l’adoption généralisée de la chaussure de football à crampons vissés.
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