Mexique
6 décembre dernier, en marge du tournoi de street football Toma El Juego, Nike présente à Miami sa collection Hollywood Keepers. Pour la première fois, une grande marque propose une ligne de maillots de gardiens aussi audacieuse, directement inspirée “l’audace et de l’assurance excentrique des gardiens des années 1990 et début 2000”. Une manière de remettre le gardien au centre du jeu, mais aussi du style.
Difficile de ne pas y voir un clin d’oeil à Jorge Campos, l’emblématique gardien de but mexicain des années 90 dont les tenues plus folles les unes que les autres destabilisaient les attaquants autant qu’elles lui servaient de marque de fabrique : “Les coachs me disaient toujours : mets-toi un maillot noir pour te faire discret. Mais moi, je voulais que l’attaquant me voit.” racontait El Immortal à So Foot.

Au début des années 90, Campos s’inspire des surfeurs de sa ville d’Acapulco pour créer son style. Alors que les tenues de gardiens sont souvent monochromes et peu inspirées, il s’éclate à désigner des maillots fluos qui donneraient des sueurs froides à un épileptique: “ J’adorais les bermudas de surf, larges, flashys, colorés. J’ai voulu importer cette esthétique dans mes tenues. Je voulais des couleurs vives, des formes, des collages.” Nike comprend rapidement que le Mexicain n’est pas fait du même bois que les autres, il impose son style à une époque où le football ne s’est pas encore imposé sur le terrain de la mode. La marque décide donc de l’autoriser à créer ses propres maillots.
Cette liberté créative va faire de lui une figure à part. Campos devient une icône visuelle autant qu’un sportif, notamment grâce à ses apparitions dans les campagnes cultes de Nike, comme Good vs Evil, où il partage l’écran avec Ronaldo Nazário, Eric Cantona ou Paolo Maldini.

Trente ans plus tard, le flow légendaire du petit gardien a conquis les musées. Son maillot étant même exposé aux Arts décoratifs en amont des Jeux Olympiques de Paris 2024 dans le cadre de l’exposition Mode et Sport, d’un podium à l’autre. Alors que la Coupe du monde s’apprête à se disputer dans son pays, l’esthétique qu’il a contribué à imposer réapparaît partout. Des podiums de mode où le créateur Willy Chavarria a présenté lors de la Fashion Week de Paris une collection (Eterno) inspirée par son univers esthétique, au maillot de gardien de la Tri, réalisé par Adidas dans une audacieuse couleur rose, parsemée de motifs géométriques.
L’artiste mexicain Mario Cortés Cuamanche, créateur des affiches officielles des sites mexicains, a lui reconnu que l’identité visuelle du gardien avait été l’une de ses principales sources d’inspiration. Quant à la marque American Eagle, elle prépare une collection spéciale en collaboration avec Campos. Pas mal pour un type qui aurait dû jouer en maillot noir !


